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Quel avenir pour Trump? L’entreprise familiale attend son retour.

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Les déclarations fiscales du Président Trump font état de difficultés financières, il dit être passé à côté de milliards de dollars de revenus pendant son mandat et ses fils aînés affirment que l’entreprise familiale a dû renoncer à des dizaines de contrats potentiels à travers le monde.

Privé d’un second mandat par les électeurs, M. Trump pourrait chercher à reprendre une carrière télévisuelle autrefois lucrative, cette fois-ci avec un accent résolument politique. Quant à l’entreprise familiale, elle aura les mains libres pour rattraper le temps perdu, notamment à l’étranger, où les hôtels et les clubs de golf ont longtemps été les moteurs de sa croissance avant l’élection de M. Trump en 2016.

Eric Trump et une porte-parole de la Trump Organization n’ont pas répondu samedi à nos demandes d’éclaircissements sur les projets de l’entreprise après que M. Trump aura quitté la Maison Blanche. Dans un communiqué, le Président a remis en cause le résultat de l’élection, indiquant qu’il ne pensait pas avoir perdu.

[Mise à jour le 9 novembre 2020: Lundi, des représentants de la Trump Organization ont fait parvenir au New York Times une réponse d’Eric Trump insistant sur les forces de l’entreprise: “Nous avons fait d’énormes sacrifices ces dernières années, nous avons été plus surveillés qu’on aurait pu l’imaginer et pourtant nous restons au sommet de notre forme”, a-t-il fait savoir.]

Après avoir remporté la présidentielle il y a quatre ans, M. Trump avait refusé de céder sa participation dans la Trump Organization, préférant adopter un plan qui, selon lui, éliminerait tout conflit d’intérêts. Entre autres choses, la Trump Organization s’engageait à ne pas signer de nouveaux contrats à l’étranger et avait embauché un conseiller en éthique pour passer en revue certains projets aux États-Unis.

Pour les Démocrates et d’autres, ces restrictions étaient au mieux des demi-mesures, et surtout, une telle approche n’a pas empêché le président de transformer ses clubs de golf et ses hôtels en plateformes de rencontre où lobbyistes, donateurs et autres chefs d’entreprises venaient quémander ses faveurs, comme le détaillait le New York Times en octobre.

Malgré tout, la présidence a bien eu un impact négatif sur l’entreprise privée familiale. Aucun accord de construction d’un nouvel hôtel a été signé depuis l’entrée de M. Trump à la Maison Blanche. L’année dernière, l’entreprise a mis de côté un projet de chaîne d’hôtels à bas prix, et les déclarations de revenus de M. Trump montrent que même ses propriétés les plus rentables ont dérapé. Sans apporter de preuve, M. Trump affirmait l’année dernière qu’être président “lui coûtait probablement entre 3 et 5 milliards”.

Mais le plus pénalisant a sans doute été l’interdiction de contrats à l’étranger. Avant la présidence, l’entreprise avait en vue une expansion de grande ampleur en Chine; pendant le mandat, elle a même maintenu un compte en banque chinois et un bureau — inactif — à Shanghai . Elle avait également commencé à prospecter des nouveaux partenariats en Colombie, au Brésil et en Turquie.

ImageLes Trump Towers à Istanbul. Quand le président Trump quittera la Maison Blanche, son entreprise pourra à nouveau franchiser son nom à l’étranger.
Credit…Monique Jaques pour The New York Times

Désormais libérée des règles éthiques qu’elle s’était imposées, la Trump Organization s’intéresse à des projets d’hôtels et d’autres contrats commerciaux, selon plusieurs personnes proches de l’entreprise. Malgré tout, il reste de nombreux obstacles à un rebond, que ce soit la pandémie de coronavirus, les enquêtes judiciaires visant l’entreprise ou l’opinion très divisée des Américains envers M. Trump. Par ailleurs, si M. Trump faisait à nouveau campagne pour la Maison Blanche en 2024, il lui faudrait sans doute éviter les projets à l’étranger, qui risqueraient de donner des munitions politiques à ses rivaux.

Maintenant que M. Trump est sur le point de redevenir un citoyen privé, voici un panorama de son entreprise familiale.

Le moyen le plus rapide pour la Trump Organization d’engrenger des revenus, c’est de relancer sa machine à contrat internationaux en franchisant la marque Trump pour des projets immobiliers comme des hôtels ou des tours résidentielles.

Quand M. Trump est entré à la Maison Blanche en 2017, les dirigeants de la Trump Organization ont fait savoir que l’entreprise avait renoncé à plus d’une vingtaine de contrats de franchise en Chine, en Israël et en Amérique du Sud. Alors qu’il s’apprête à quitter son poste, M. Trump reste populaire dans certains pays et sa marque est assez reconnue.

Les contrats de franchise sont largement sans risque pour l’entreprise puisqu’ils ne nécessitent aucun investissement en capital et peuvent rapporter entre $500.000 et $1 million par an, du moins au début. Les paiements tendent à diminuer une fois les unités en immeubles résidentiels vendues, à moins que la Trump Organization ne signe un accord parallèle pour gérer ces propriétés.

Si le Congrès n’est plus aussi focalisé sur les affaires de M. Trump, les procureurs de New York, eux, poursuivent leurs enquêtes.

Le bureau du procureur de Manhattan enquête sur M. Trump et son entreprise pour des soupçons de crimes financiers et cherche à obtenir une copie de ses déclarations d’impôts. Le bureau du procureur de l’état de New York, lui, a diligenté une enquête civile distincte sur des soupçons que l’entreprise aurait fait une déclaration inexacte de ses actifs, peut-être pour réduire ses impôts ou obtenir des prêts.

L’entreprise nie toute malversation, mais elle pourrait rechigner à fournir aux enquêteurs de nouveaux contrats à passer au peigne fin. Eric Trump, qui dirige l’entreprise avec son frère Donald Jr., a dénoncé l’année dernière les enquêtes des Démocrates et des médias comme étant l’une des raisons principales de la suspension du projet d’ouverture d’une nouvelle chaîne d’hôtels.

De telles enquêtes pourraient également donner une publicité négative à l’entreprise alors qu’elle cherche à se développer.

Ces quatre dernières années, Bobby R. Burchfield, un avocat de Washington, a servi de conseiller éthique pour la Trump Organization, passant en revue les contrats et partenaires potentiels. Ces examens ont rendu difficile la réussite de certains d’entre eux, alors que d’autres étaient dissuadés par le fait d’être sous le feu des projecteurs.

Cette surveillance va maintenant se relâcher, ouvrant la voie à de nouveaux partenaires.

Et avec plus de $300 millions de dettes à rembourser pour lesquelles le Président s’est porté personnellement garant, il y a urgence à trouver de nouveaux contrats pour la Trump Organization. Par ailleurs, une décision négative dans la bataille qui l’oppose au IRS, le service des impôts américain, concernant un audit, pourrait lui coûter plus de $100 millions, selon des informations du New York Times datant de septembre.

Certaines des propriétés les plus rentables de M. Trump se situent dans des fiefs démocrates comme New York et Chicago, où il reste extrêmement impopulaire. Et son club de Golf à Doral en Floride, qui lui rapporte le plus, subit de grosses pertes car bon nombre d’entreprises et organisations renoncent à y organiser leurs conférences en raison de l’aspect clivant de son personnage.

Au cours de sa présidence, M. Trump a tenté de combler le vide, au moins en partie, par des événements organisés à ses propriétés par des groupes liés à lui et au parti Républicain. L’hôtel Trump International près de la Maison Blanche grouille souvent d’alliés du président.

Il est difficile de savoir si cette clientèle va continuer à affluer, ou si les détracteurs de M. Trump reviendront dans ses propriétés une fois qu’il aura quitté le pouvoir. Par ailleurs, cette année a été dure pour l’industrie hôtelière en raison de la pandémie, tout comme pour l’immobilier commercial. Les deux secteurs sont centraux au portefeuille d’activités de M. Trump.

En privé, M. Trump a récemment émis l’idée de se représenter en 2024. La possibilité d’une nouvelle campagne présidentielle Trump pourrait avoir un effet dissuasif sur ses affaires dans les années à venir, au moins dans des pays comme la Chine, où de nombreux conflits éthiques et légaux pourraient voir le jour.

Le Président pourrait aussi ne pas être le dernier des Trump à faire campagne.

Donald Trump Jr. et Ivanka Trump pourraient prétendre à un avenir politique, ce qui pourrait freiner la croissance de l’entreprise. Les plus gros risques sont à l’international, où les possibilités de conflits d’intérêts abondent.

Pendant son mandat, M. Trump a chargé ses fils aînés de prendre les rênes de son entreprise, en compagnie d’autres dirigeants. Mais il s’était déjà, avant cela, mis quelque peu en retrait des recherches de contrats, laissant ses enfants s’en occuper.

Où et comment M. Trump va se repositionner dans l’entreprise familiale sera l’une des questions intéressantes de son retour à la vie privée. Ancienne vedette de la téléréalité, il pourrait plutôt choisir de retourner à l’écran en tant que commentateur politique ou dans un autre rôle, d’après son entourage.

Des discussions préliminaires ont eu lieu, par exemple, pour l’acquisition ou le lancement d’une chaîne portant la marque Trump. Ses avis d’imposition montrent que sa participation à l’émission de téléréalité “The Apprentice” avait lui engendré de nouvelles sources de liquidités. Elle lui a également permis de forger le mythe qui l’a propulsé à la Maison Blanche, selon un article du New York Times en septembre dernier. Des conférences rémunérées et un contrat pour un livre pourraient également l’attendre.

Maggie Haberman a contribué à cet article.

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